Chris Marker : Zapping zone, 1990, 13 moniteurs, 13 bandes vidéo PAL, son, couleur, 7 ordinateurs, 7 programmes sur disquettes informatiques, 20 photographies noir et blanc et couleur, 4 planches de 80 diapositives Zapping Zone est composée d'un certain nombre de photographies, de programmes informatiques, de bandes vidéo réalisés par l'auteur. Ces derniers sont visibles sur des ordinateurs et des moniteurs s'amoncelant ou s'étalant en forme de cercle dans un espace obscur, la "zone". Cette notion est reprise du film Stalker réalisé par le cinéaste russe Andréï Tarkovsky. Elle y représente un espace hermétique, complexe et énigmatique, que seuls les initiés ou ceux qui le désirent peuvent conquérir. La "zone" de Chris Marker est constituée de morceaux choisis de ses fims, d'extraits de ses programmes de télévision, de reportages tournés ici et là, mais inédits, de photographies prises sur le terrain lors de ses nombreux voyages, ou encore tirées d'images télévisées, et enfin d'ordinateurs actifs et interactifs. Chris Marker a donc composé des images infographiques nouvelles, en a retouché d'autres, retravaillé des images de télévision soit aléatoirement par les déformations de l'antenne, soit volontairement. Il y a également inséré un court métrage de fiction réalisé en images de synthèse animées : la Théorie des ensembles. Par ailleurs des images de télévision captées en direct sont mixées à des images "fabriquées". L'idée de "zapping" reprend cette attitude du spectateur de télévision des années 80, face à la profusion des images et des sons diffusés sur nos antennes, idée bien connue des lecteurs de Serge Daney. Plusieurs pôles structurent cette œuvre " ouverte ", s'enrichissant à chaque présentation, d'images supplémentaires : des zones géographiques chères à l'auteur, à savoir Tokyo, San Francisco, Berlin ; de grandes figures amies, tels le peintre Matta et le cinéaste Andréï Tarkovsky, des animaux favoris, la chouette et le chat nommé Guillaume en Egypte, etc. Le sous-titre de l'œuvre Proposals For An Imaginary Television nous rappelle qu'il s'agit ici certes d'une critique sévère de la télévision, de son contenu, mais aussi de son système de production. Un monde imaginaire électronique n'est pas une utopie.

 

A propos de son cd-rom Immemory : http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.02/cah990108a.html